Chapitre 1: La bataille des crocs.

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  • 2019-09-24 13:56:42

C'était la louve qui, la première, avait entendu le son des voix humaines et les aboiements haletants des chiens attelés aux traîneaux. La première, elle avait fui loin de l'homme recroquevillé dans son cercle de flammes à demi éteintes. Les autres loups ne pouvaient se résigner à renoncer à cette proie réduite à merci et, durant quelques minutes, ils demeurèrent encore sur place, écoutant les bruits suspects qui s'approchaient d'eux. Finalement, eux aussi prirent peur et ils s'élancèrent sur la trace marquée par la louve. Un grand loup gris, un des chefs de file habituels de la troupe, courait en tête. Il grondait pour avertir les plus jeunes de ne point rompre l'alignement, et leur distribuait au besoin des coups de crocs s'ils avaient la prétention de passer devant lui. Il augmenta son allure à l'aspect de la louve, qui maintenant trottait avec tranquillité dans la neige, et ne tarda pas à la rejoindre. Elle vint se ranger d'elle-même à son côté comme si c'était là sa position coutumière, et ils prirent tous deux la direction de la horde. Le grand loup gris ne grondait pas et ne montrait pas les dents quand, d'un bond, elle s'amusait à prendre sur lui quelque avance. Il semblait, au contraire, lui témoigner une vive bienveillance, une bienveillance tellement vive qu'il tendait sans cesse à se rapprocher plus près d'elle. Et c'était elle alors qui grondait et montrait ses crocs. Elle allait, à l'occasion, jusqu'à le mordre durement à l'épaule, ce qu'il acceptait sans colère. Il se contentait de faire un saut de côté et, se tenant à l'écart de son irascible compagne, continuait à conduire la troupe d'un air raide et vexé, comme un amoureux éconduit. Ainsi escortée à sa droite, la louve était flanquée, à sa gauche, d'un vieux loup grisâtre et pelé, tout marqué des stigmates de maintes batailles. Il ne possédait plus qu'un œil, qui était l'œil droit, ce qui expliquait la place qu'il avait choisie par rapport à la louve. Lui aussi mettait une obstination continue à la serrer de près. De son museau balafré, il effleurait sa hanche, son épaule ou son cou. Elle le tenait à distance, comme elle faisait avec son autre galant. Parfois les deux rivaux la pressaient simultanément, en la bousculant avec rudesse et, pour se dégager, elle redoublait à droite et à gauche ses morsures aiguës. Tout en galopant de chaque côté d'elle, les deux loups se menaçaient de leurs dents luisantes. Seule, la faim, plus impérieuse que l'amour, les empêchait de se battre. Le vieux loup borgne avait près de lui, du côté opposé à la louve, un jeune loup de trois ans arrivé au terme de sa croissance, et qui pouvait passer pour un des plus vigoureux de la troupe. Les deux bêtes, quand elles étaient lasses, s'appuyaient amicalement l'une sur l'autre, de l'épaule ou de la tête. Mais le jeune loup, par moment, ralentissant sa marche d'un air innocent, se laissait dépasser par son vieux compagnon et, sans être aperçu, se glissait entre lui et la louve. La louve, frôlée par ce troisième loup, se mettait à gronder et se retournait. Le vieux loup en faisait autant, et aussi le grand loup gris qui était à droite. Devant cette triple rangée de dents redoutables, le jeune loup s'arrêtait brusquement et s'asseyait sur son derrière, droit sur ses pattes de devant, grinçant des crocs, lui aussi, en hérissant le poil de son dos. Une confusion générale en résultait parmi les autres loups, ceux qui fermaient la marche pressant ceux du front, qui finalement s'en prenaient au jeune loup et lui administraient des coups de crocs à foison. Il supportait ce traitement sans broncher et, avec la foi sans limites qui est l'apanage de la jeunesse, il répétait de temps à autre sa manœuvre, quoiqu'elle ne lui rapportât rien de bon...


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jetestesisamarche le 14/07/2020 : Test Commentaire signalé